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Palmira VERISSIMO

 LE LIÈVRE ET LA TORTUE

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
   Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
   Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
   Si tôt que moi ce but. Si tôt ? Êtes-vous sage ?(1)
        Repartit l'animal léger.(2)
        Ma Commère, il vous faut purger
       Avec quatre grains (3) d'ellébore.
        Sage ou non, je parie encore.
        Ainsi fut fait : et de tous deux
        On mit près du but les enjeux.
       Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire ;
       Ni de quel juge l'on convint. (4)
   Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
   J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être attei
   Il s'éloigne des Chiens, les renvoie aux calendes, (5)
       Et leur fait arpenter les landes.
   Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
       Pour dormir, et pour écouter
       D'où vient le vent, il laisse la Tortue
        Aller son train de Sénateur. (6)
        Elle part, elle s'évertue ;
        Elle se hâte avec lenteur.
   Lui cependant méprise une telle victoire ;
       Tient la gageure (7) à peu de gloire ;
        Croit qu'il y va de son honneur
       De partir tard. Il broute, il se repose,
        Il s'amuse à toute autre chose
       Qu'à la gageure. À la fin, quand il vit
   Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, (8)
   Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
   Furent vains : la Tortue arriva la première.
   Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? (9)
       De quoi vous sert votre vitesse ?
       Moi l'emporter ! et que serait-ce
        Si vous portiez une maison ?