Vos
poèmes

Poésie Française : 1 er site français de poésie

Vos<br>poemes
Offrir
ce poème

Méric GUILLO

Les marins

J'aperçois là bas, les marins qui se courbent
Au vent triste des lentes remontées de filet.
La houle à leurs récifs, corps allés tant d'années,
Sous les ciels purgatoires des eaux sourdes.

Et je vois les marins. Mordus par les vagues
Acrobates, qui jaunissent dans la marée d'algue
Et de cire. Et j'entends loin des brumes de l'été,
Les roulis plein d'écumes à leurs doigts démâtés.

Je ressent la panique de leurs corps déchirés
Sous la fièvre hérétique du métier de vogueur.
Arrachant à la mer qui empoissent les marées,
Ces poissons frais. L'ancienne part des dragueurs.

Je succombe, comme eux, à leurs charmes encirés,
Découvrant dans leurs gestes dépourvus de caresses
à l'aube pâle d'un seul jour de langueurs pècheresses
Toutes les peurs titanesques à mes songes amarrées.

Je déroule des mots forts aux tempêtes des beauforts,
Vomissant mes craintes nues sur le quai dépavé,
Cramponné à présent telle une épave dépravée,
Aux plissements des vagues de leurs corps en effort.

Soudain mon âme ploie sous le poids des rides
Des matelots de mer. Oubliant les gerçures
De mon mal au cœur, je lance, alors, l'écriture
Salée de larmes, de mes mots telle une bride.

J'aperçois là bas, les marins qui se courbent
Au vent triste des lentes remontées de filet.
La houle à leurs récifs, corps allés tant d'années,
Sous les ciels purgatoires des eaux sourdes.