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Claudie BECQUES

Les soyeux de bourrique

Ceux qui sont bardés de diplômes
N'en sont pas plus intelligents.
Cette fable impliquant deux hommes,
En est un exemple affligeant.

Il y a de ça, bien des années,
A Tatinghem, un p'tit fermier,
Légués par son père, détenait
Un vieux tréteau de menuisier,
Une armoire et une maison,
Ainsi qu'un petit bout de terre.
Sans relâche, en toute saison,
Son épouse et lui, travaillèrent
Pour faire fructifier leurs biens,
Payer des études aux deux fils,
En faire de vrais citadins,
Sans mesurer leurs sacrifices.
Leur très chère progéniture
Vivait donc en la Capitale
Bien peu soucieuse des pâtures
Et de tout devoir familial.
Riche mais veuf, notre fermier,
Fourbu et dans la solitude,
Pris le parti d'anticiper
Son départ en toute quiétude.
Au voisin, il vendit ses terres,
Pour en faire liquidités,
Et sur papier chez le notaire,
Il rédigea ses volontés.
Au surlendemain de sa mort,
Ses deux fils en beaux vêtements,
Les yeux secs, sans aucun remord,
Écoutèrent le testament :
Une bien coquette fortune,
Une vieille armoire, un baudet.
Mais pour se partager la thune
Tout le reste ils devaient garder.
C'est cette clause suspensive
Qui plongea les deux héritiers
Dans une humeur très agressive,
En désirant tout, pour moitié,
Aveugles à la symbolique.
Après avoir scié l'armoire,
Ils vinrent près d'une bourrique,
Avec en leurs mains le tranchoir.
Le pauvre âne par ses braiements,
En ameuta tout le village.
Tous, mirent fin à son tourment
Et évitèrent le carnage.
On apprit à ces deux crétins
Dépourvus de vocabulaire,
Que ledit baudet du défunt
Était le tréteau du grand-père.
On rit dans chaque maisonnée
Aux dépends des deux abrutis,
En racontant en version chti
"Qu' ches cons voulo soyer ch'bidet".
Depuis, tous les Tatinghemois
Reçurent ce surnom peu chic
Mais qu'ils assument toutefois
D'être des "soyeux" de bourrique.