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Alexandre VILNET

Où se déverse l'onde

Je marche librement à travers les fougères
Je laisse l’être humain et sa grandeur passée
Je me sens loin de tout, mon esprit se libère
Je ne vois même pas que la nuit est tombée

Mes doigts deviennent raides et ma nuque est glacée
La brise qui se lève rafraîchit l’instant
Je continue ma balade dans la forêt
Qui m’a vu naître il y a quelque quarante ans

Elle m’a vu sourire en voyant le matin
Eclairer tendrement les feuilles des érables
Elle m’a vu mourir d’amour et de chagrin
Elle m’a vu souffrir pour des mains intouchables

Et elle m’a caché des promoteurs vauriens
Ces hommes sans passion autre que leur argent
Qui voulaient m’acheter ce lieu où je suis bien
Pour y construire un hôtel ou un restaurant

Je n’ai jamais cédé, car ces lieux sont un don
Il est rare qu’on puisse trouver sur la terre
Un endroit où l’on peut rester à l’abandon
Sans s’ennuyer pourtant, sans devenir austère

J’ai cependant vécu autre part qu’en ces lieux
J’ai parcouru les villes et les mers de ce monde
Mais nul endroit n’a pu me rendre plus heureux
Que ce bois où ma quiétude reste profonde

En ville j’ai pu voir l’ivrognerie humaine
La froideur des ruelles où l’on se perd souvent
J’ai connu la folie des nuits parisiennes
Et la « joie » de ces filles qui vont sous le vent

En mer, il y avait là quelques similitudes
Avec ma vie dans les bois - solitude et pleurs –
Mais sur l’eau, les tempêtes sont une habitude
Qui m’amenait surtout de terrifiantes peurs.

J’ai donc tout évincé de mes pensées profondes
Pour garder en mémoire le moindre recoin
De ma forêt chérie, où se déverse l’onde,
Dans laquelle je tombe, un pieu dans l’abdomen.