Le Blason (3)

Fine, tes doigts, au toucher de la Fée
Croisent, décroisent et sur pointes se dressent :
Et crissent le ballet des jeunes coryphées
Sous l’entrechat des rimes et des mâles adresses

Fine, tes sourcils, comme deux ailes aux yeux
Portent ma rêverie au double mont désert
Lorsque lassés, tes cils élancés vers les cieux
Découvrent assoupis la dune des paupières

Fine, tes lèvres se desserrent et je hume l’haleine
Expirant les fragrances où des mots me répondent,
Murmurés en silence, et l’on présume à peine
Une langue éphémère sous la peau rubiconde

Menue, tes dents pincent la lippe,
Abaissant à la hâte une herse d’ivoire
Sur la chair amollie, défense dérisoire
Emportée par un feu que tes sens émancipent

Menue, l’oreille qu’un souffle chaud effleure,
Où se glisse incurvé sous les plis elliptiques
Un tourbillon sonore et de sourde musique
Bourdonnant à l’entrée de l’intime demeure

Menue, ton sein force l’espace
Et ferme l’horizon aux plus fières beautés :
Olympe d’harmonie où règne en majesté
La douce tyrannie que tu me dédicaces

Etroite, ta taille campe ta noblesse
Et garde le mystère des saintes promesses
Ecrites sous l’anneau que nous portons au doigt :
Ainsi l’amour te cambre et tu m’ouvres ta voie

Etroite, mais je te sais craintive et l’honneur impérieux
Si je livrais au monde un secret de ces lieux
Où la nature aimante a conçu le plus doux
Pour mener au bonheur l’hommage de l’époux

Etroite, ton genou replié sous ma paume
Attarde l’intrépide aux portes du royaume :
Et du sommet aride où deux versants m’attirent,
Je vois à tes remous lequel il faut choisir