Le Blason (2)

Ronde, ton cou de satin clair
Hisse d’une colée ta nuque vers le haut :
Offrant à mes baisers la colonne de chair
Qui se dresse ou replie au gré de mes assauts

Ronde, tes bras forts te protègent
Bandent leurs muscles fins contre mon torse lourd :
Repoussant affolés l’audacieux arpège
Qui monte les allées d’un merveilleux parcours

Ronde, que tu laisses paraître su tu fuis :
Eblouissante courbe, et ta révolution
Comme un astre qui tourne, et ton jour, et ta nuit
Embraseraient mes yeux d’une égale émotion

Longue, tes jambes sous l’ineffable sphère
Elèvent mon regard du Nadir au Zénith :
Mais il me faut jurer qu’elles semblent sans limites
Et ne point voir briller ton étoile polaire

Longue, ta main dessine sur le drap
Les signes inconnus de ton consentement
Que tu daignes ouvrir à mon entendement
Et tout autre que moi ne les comprendrait pas

Longue, tes cheveux répandus sur l’épaule
A cette heure ambiguë où mon esprit s’égare :
Et je crois aviser des floraisons bizarres
Qui viennent s’emmêler aux floraisons des saules

Large, ton front austère et droit
Disperse les chimères et m’impose ta loi :
Mais je sais incarnées ces fronces hiératiques
Et le désir igné de ma déesse antique

Large, ton torse fier m’accorde son asile
Où ma tête repose, amoureuse, docile :
Et dans la chambre close et l’aube qui s’attarde
Je fais une prière à Dieu qui nous regarde

Large, tes hanches recueillent l’ambroisie
Quand au creux de l’amphore le Seigneur a choisi
De consacrer ton corps, neuvaine maternelle
Où s’épanche à l’enfant la vigueur immortelle