Le Blason (1)

Blanche, le bel émail en ta bouche
Qui s’ouvre en souriant à l’aurore de nos nuits :
Tandis que l’ombre est pâle et la lune se couche
La lumière y s’éveille et le soleil reluit

Blanche, ta gorge écrin de chair
Où l’Orfèvre du monde a déposé ton cœur :
Je penche mon visage aux portes du sanctuaire
Et n’entends que le pas d’invisibles pudeurs

Blanche, ta main, ouverte, abandonnée
Aux muses qui m’inspirent un poème indiscret :
Qu’un chaste frisson alerte, en l’attente animée
Des mots que je vais dire à tes plus doux attraits

Noire, l’épi de tes sourcils
Etendus sur le champ radieux de mes songes :
Qui bordent le sommet d’un lac où je me plonge
A l’appel enchanté des nymphettes graciles

Noire, tes yeux qui m’engloutissent
Et m’entraînent soudain aux cavernes profondes :
Sous des voûtes secrètes, nos yeux se répondent
Qui font briller ainsi tes coupoles d’iris

Noire, le frou-frou délicieux de ta perfection
Où mon regard s’enroule aux bouclettes de soie
Qui mènent prisonniers mes plus tendres émois
Vers l’éminence ombreuse et ma dilection

Rouge, tes joues empourprées des folles confidences
Où nos amours parées d’orgueilleuse élégance
Invitent ma passion à dévoiler tes ors
Quand la sage raison me retiendrait encor

Rouge, tes lèvres gonflées de chaleur et d’un sang
Qui bouillonne et les ouvre au trouble sentiment :
Et les miennes les couvrent, et je m’y désaltère
Et je goûte exaucé tes salives amères

Rouge, ton mamelon comme un fruit mûr d’été
Où s’endorment repus nos enfants allaités :
Mais en d’autres saisons nos amours y reviennent
A l’appel éperdu des ardeurs souveraines