La Sieste

O fleur ô ma déesse, elle était endormie
Dans la pose que donne un sommeil étourdi
Ses draps avaient glissé sur la douceur du corps
Dévoilant au milieu d’un sauvage décor
La faveur ignorée d’une intime indécence
Et mes yeux contemplaient sa belle déhiscence

Plus loin, deux globes alanguis soulevaient un soupir
Et leurs couronnes sur de brunes aréoles
O Dieu ! tout cela est votre œuvre et je veux le redire
Il n’est aucun artiste, il n’est aucune école
Quand même ils ont œuvré sous votre mansuétude
Pour avoir su atteindre cette plénitude

Et ces quelques secondes d’émerveillement
Hantent encore mes jours comme l’Eve d’Adam
Mais las ! pouvais-je ainsi offenser sa pudeur ?
Elle aimait son époux et non pas un voleur
Je relevai le drap sur sa frêle innocence
Gardant de son sommeil la douce confidence.