Croix à Croix (1)

Et voilà je suis là tout au fond
Au fond du gouffre et Vous qui m’avez créé je souffre
Au fond de notre précipice
Vers la Croix je me hisse
Au fond il n’y a plus ni haut ni bas
Je suis monté jusqu’à votre corps cloué sur le bois du suppl
Et je vous vois à présent face à face
Est-ce cela que Vous vouliez
O Vous qui m’avez créé
Est-ce cela que Vous vouliez, me prendre avec Vous tous les
Pour le meilleur et pour le pire
Comme l’épouse et l’époux
Est-ce cela que Vous vouliez je vois vos yeux qui se voilent
Votre visage ruiné par les hommes

Me voici Seigneur
Face à face au fond du désespoir
Et moi je n’ai que du chagrin à vous dire
J’ai oublié les mots d’amour les mots que l’on prononce heur
Face à face je vous vois qui avez pris la condition humaine
Et Vous n’avez rien à me dire
Rien à m’expliquer
Aucun discours aucun traité aucune homélie
Aucune sagesse
La sagesse c’est pour les hommes mais pour Vous l’amour est
Vous n’avez rien à me dire Vous êtes là
Vous n’avez rien à me dire la souffrance est un mystère
Mais Vous êtes là
Au fond tout au fond de mon chagrin
Vous êtes là
Avec du sang qui perle sur vos tempes
Et votre bouche entrouverte par où s’exhale en silence la do
Tout au fond de mes larmes je vous ai trouvé enfin
Et je sais combien il est dur de vous aimer
Là, tout au fond
On peut toujours aimer quand on est amoureux
Il est si doux de vous aimer autant qu’on est heureux
Mais là, dans le noir le désespoir
Là tout au fond je ne savais pas

Nos frères d’Orient adorent votre gloire
Sur les ors de Byzance ô Christ imperator
Il est si bon de vous adorer Majesté
Le Roi du monde le Seigneur des seigneurs
Mais je pleure
Et Vous n’avez pas étendu vos bras
Vous n’avez pas déployé votre puissance
Vous avez les poignets cloués sur le bois d’un gibet
Les deux bras tirés en arrière
Et moi qui suis devant Vous
Je reste là j’ai froid j’ai mal j’ai peur surtout
Vous n’avez plus de manteau ni de simple tunique
Ni pourpre ni couronne basiliques
Pas même le chaud vêtement du père
Vous avez les deux bras en arrière
Vous ne me consolez pas
Vous ne m’avez pas serré dans vos bras
Vous êtes là comme un égal
Et Vous et moi serrés contre le mal
Oh je voudrais tant parfois mourir ../..