A toi

A toi
Aux déesses violées par l'innocence de nos rêves fougueux
A nos amours trahies, aux âmes qui nous craignent
A ce baiser jamais donné, jamais reçu
A nos sagesses et à nos larmes, à jamais

A toi
A nos silences, à nos langueurs éteintes
Aux mots que tu écris dans la pénombre, seule
A ces blessures insolentes qui nous rongent l'hiver
Au bruit que font tes pas quand le bois grince dans la nuit

A toi
A ces prairies qui dorment sous le froid
A ces chevaux qui toussent à gémir
A ton sourire inachevé, à tes mains qui se tendent
Au crissement de tes doigts sur les carreaux opaques

A toi
A tes prières que Dieu écoute, le matin
Aux songes que tu fais le soir, à tes désirs, à ta mémoire
Aux images un peu floues, à mes alcools, à tes serments
A tes robes d'un jour, à tes genoux pliés sur mes remords

A toi
A mes prisons et à mes fièvres, à tes valeurs
A ces chevaux de lune qui reviendront le soir
Pour soulever le voile, ouvrir en un grand frisson
Les portes qui scintillent dans la nuit, d'où surgiront peu
Des amants inconnus, des chevaliers fébriles

A toi
A ce destin qui nous emmènera vieillir
Seuls, abandonnés
Au Dieu que je prie pour ne jamais haïr
Ni mon cœur ni l'espoir, ni mes rides aucune

A toi
A tes paupières qui se referment sous le ciel
A tes silences où tu regardes encor les masques animés
Les lustres qui trônaient sur les rires et le frémissement d
A toi, à ton cœur comme une citadelle
Que je passerai prendre
A demain...