Confidences

Un p’tit bout d’chou assis sur un coin d'mon piano,
Des cheveux longs bouclés,
Un regard malicieux.
Se dandinant un peu
En m’écoutant jouer
Et taper dans ses mains en s'écriant “bravo”.
 
Et puis la voir grandir,
Bien m’inquiéter pour elle.
Espérer, sans le dire,
Qu’elle devienne très belle.
Lui apprendre la vie,
Ses ombres et ses soleils,
Ne pas trop croire aussi
Au pays des merveilles
 
Voilà le film que j’me tournais
Au temps où l’on construit sa vie.
Au temps des cent mille projets
Que l’on fait quand on se marie.
Mais, le destin est sentencieux..
Il ne fut pas de cet avis.
Ne me compta pas parmi ceux
Dont un enfant remplit la vie.

Ma main n’a jamais caressé
Un front fiévreux en pleine nuit,
Ou bien calmé un coeur serré
Quand l’orage fait trop de bruit.
Connaître ce jour merveilleux
Où l’enfant ose un premier pas,
Sentir monter des larmes aux yeux
En entendant un jour « Pa-pa »
 
Alors j’ai camouflé
Dans le fond d’mon égo,
La petite fille bouclée
Assise sur mon piano.
Croyant vaincre l’affront
Mépriser la censure
Je pensais faire front
Et panser ma blessure.

Et j’ai joué mon temps
Volant de coeur en coeur
Sans trouver pour autant
L’illusion d’un bonheur.
Et puis les printemps ont passé,
Les étés se sont succédés.
Et l'avant dernière saison
Vient donner tort à mes raisons

Une petite fille assise sur un coin d'mon piano
Reste à jamais blottie dans le fond d'mon ego.