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Tahir DE MADA

Cailloux

La cité de poussière au soleil acharné
Voit s’affronter ses fils au rythme du canon;
Leurs index furieux vibrent jusqu’à la cornée
Sur des gâchettes d’armes emplis de malfaçons.

Aucun recoin n’est sûr pour ses plus jeunes enfants,
Crèches, écoles, internats, terrains de jeux…Plus rien!
Le tracé des marelles a fondu sous le sang,
L’aridité de l’air le sèche et le maintient.

Dans cet univers mûr ou crépite le feu
Trois gosses accroupis au centre d’une place
S’amusent avec chahut au plus simple des jeux:
D’abords ils cueillent des pierres ensuite ils les entassent

Quand chacun a sa part de débris de la ville
Ils trient leur seul butin en deux plus petits tas.
Des deux ils en gardent un et dispersent l’inutile.

Ils montrent leur sélection, l’un dit: « Ce cailloux là
A l’allure gâtée des chameaux de ton père
Qu’il vient vendre à la foire en disant bon marché
Ces cadavres velus faibles face au désert
Qui meurent pile à l’instant ou on les a acheté! »

Le fils d’escroc, outré, se lève et se défend:
«-Ton caillou ne ressemble pas à un chameau!
Regarde celui là, les trait sont évidents! »
Sa pierre clairement semble une tortue d’eau

« -C’est vrai, ta pierre est belle, annonce le troisième,
J’aime cet animal savant et atonique,
Mais voici ma trouvaille: un ballon au centième
C’est un cercle parfait, presque mathématique….

- Oui, mais ce caillou n’a pas vraiment d’intérêt
Il est juste rond, j’en ai jeté de tels,
Tu ne les aurais pas ramassé juste après?
Ils sont à moi! Rend les! » Dit l’enfant aux chameaux.

L’autre veut échanger: A dix ronds contre un rare.
Les ronds sont repérés, c’est au tour du plus beau
Or chacun veut choisir la cible des regard:
Un galet hypnotique aux nuances d’opale
Devenu translucide aux rayons du soleil
Qui garde détenues de minuscules étoiles
Paraissant décliner lorsque d’autres s’éveillent.


Les enfants sont fébriles à l’idée de l’enjeu
Ils savent bien ce qu’ils veulent; obtenir ou garder
Ce caillou rare à qui on prêterait des vœux
Ou un djinn vaporeux en parures diaprées.

Chacun a mis son rêve et trouve son envol
Dans le sujet du troc, qui dure et qui s’agite
De comédie grotesque et d’insuccès de vol
Jusqu’à ce que s’échoue, jusqu’à ce que s’invite,

Dans leur petits corps bruns, une salve égarée