Vos
poèmes

Poésie Française : 1 er site français de poésie

Vos<br>poemes
Offrir
ce poème

Renaud BOSC

Orta San Giulio

Vers la fin d’un été, à jamais aboli,
Alors que j’arpentais le nord de l’Italie,
Je me trouvai un soir au bord du lac d’Orta
Par des détours que seul le hasard me dicta.
Durant tout ce jour-là, je m’étais promené
Dans San Giulio le long des façades fanées
Dont le grain orangé et lisse ne se palpe
Que de ce côté-là de la chaîne des Alpes.
Foulant la piazzetta, où se tient le marché,
J’avais pu admirer sur les étals juchés,
Les légumes rangés en ordre invitatoire,
Les fromages oblongs comme de grosses poires,
Les travaux de boulange aux parfums assidus
Et les longs chapelets de saucisses pendus,
Trompant les soubresauts de mon ferme appétit
En tranches de coppa et douces gelati.

En fin d’après-midi, ma tranquille balade
Avait conduit mes pas jusqu’à une esplanade
Qui domine le bourg et son cadre enchanteur
Pour offrir au passant un coup d’œil prometteur.
A mes pieds s’étendaient les toits de tuiles rondes
Et au-delà, le lac aux immobiles ondes
Dans un amphithéâtre arboré et pentu
De massifs montueux et par l’ombre vêtu,
Donnant ce sentiment de paix renouvelé
Que seule la montagne a le don d’insuffler.
Joyau de cet écrin, la toute petite île
Où se dresse une église avec son campanile
Et d’un couvent secret, l’antique bâtiment,
S’apprêtait à rentrer dans son recueillement.
Un canot ramenant, pour un dernier passage,
Des pèlerins d’un jour vers le proche rivage
Etait seul à rayer la surface des eaux
Comme dans un drap fin la coupe des ciseaux.

J’étais là, assis sur le parapet grossier,
Les jambes dans le vide et les yeux rassasiés
Lorsque d’une fenêtre ouverte sur le soir
Partit soudainement, monta et vînt m’échoir,
D’un puissant bel canto, la touchante réplique,
Pour sceller la beauté de ce moment unique.