Le Matou

Ses yeux;deux louis d'or qui s'étirent et se fendent.
Le soir quant il s'en va vagabond de la nuit
Pouvant du noisetier ressembler à ses fruits,
Quand selon son humeur leur couleur tourne et change.
Ses pattes parfois souillées de terre du jardin,
Ne semblent pas gêner son allure féline;
Lorsqu'il rentre émergeant d'une aurore opaline,
Et s'allonge épuisé dans le petit matin.
Il parcourt les fourrés, les tuiles, les ruisseaux,
A l'affût constamment de quelques volatiles;
Qu'il pourrait attraper de ses griffes habiles,
Et de ses longs trophées allonger le tableau.
Sa tête est grosse et ronde, son poil est peu soyeux.
La toilette pour lui est un travail de chatte.
Ne s'adonnant jamais avec ses grosses pattes,
A se lustrer le poil le soir au coin du feu.
On l'entend rarement ronronner de bien-être.
S'il parait assoupi semblant dormir un peu,
Ramassé sur lui-même s'entourant de sa queue,
Ses oreilles en éveil se dressent sur sa tête.
Ne quémandant jamais, de l'homme il se méfie.
Se tenant à l'écart les paupières mi-closes,
Assis sur son séant il peut garder la pose,
De celui qui observe, qui juge, et qui régit.
Sa fierté le distant des tâches à venir.
Devant une portée de chatons de gouttière
Issue de ses amours et s'il en est le père,
Il se veut ignorant du rôle à tenir.
Arpentant les faîtières la nuit au clair de lune,
Il joue les roméo perdu en mal d'amour.
Et son cri sur les toits appelant au secours,
Attire prétendants plus qu'idylles nocturne.
Sa démarche est silence, souplesse, volupté.
De la main qui se tend n'aimant pas les caresses;
Les seules qu'il consentquand parfois il paresse,
Sont celles du soleil, sur le mur allongé.