Xénophile.


Pour l’étranger de santé fragile,
Qui débarque dans une ville
Triste, pluvieuse et hostile,
Ce n’est évidemment pas facile.
En voyant son air, débile,
Le négrier mercantile
En véritable reptile
Se frotte les mains et jubile
Car il a trouvé son imbécile.
C’est le genre docile.
Il l’aborde de manière servile,
Et l’embauche tranquille
Pour travailler dans le textile.
Ses collègues sont tous des crocodiles.
Le nouveau se montre habile.
Malgré le froid, il n’est jamais fébrile.
Il trie les tissus et les empile
Sur un chariot difficile,
En lieu et place des inutiles
Qui, mains dans les poches et immobiles,
Ricanent en se croyant subtiles.
En fait, ils sont mesquins et puérils.
Le soir, n’ayant pas encore de domicile,
Il se contente d’un carton à même l’argile.
Il dort sans se faire de bile.
Dans ses rêves, il retrouve Cécile.
Il est heureux car il y a une idylle
Qui à la longue se profile.
Demain il l’emmènera sur son île.