Un jour chez ma tante.

Ô ma tante adorée ! . . .
Comme tu me fais pleurer . . .
Pour mon grand malheur,
Il a fallut que tu meures
Avant mon retour d’exil.
Me voilà traversant la ville
Pour venir te rendre visite.
En chemin, mon cœur redoute
Et chacun de mes pas hésite . . .
Je veux tellement qu’il y ait doute. . .
J’ai si peur. . . Si peur de la vérité.
Submergé part un supplice immérité,
Je continue vers ta dernière demeure.
Me voilà arrivé ; je suis à tes pieds.
Tandis que des yeux ne cessent de m’épier,
D’aucuns attendent de me voir en pleurs. . .
C’est bien ce que je craignais ; tu es décédée !
Je maudis toutes ces années qui ont précédé ;
Tout ce temps où je ne t’ai ni vue ni entendue.
Je pensais revenir et te retrouver mais je t’ai perdue.
Les années et l’âge ont malheureusement gagné,
Et dans mon cœur, ton absence ne cessera de cogner
Parce que je t’en voudrai toujours d’être partie.
En ce moment j’ai tellement envie de me tenir blotti . . .
Blotti contre quoi mon grand et pauvre amour . . .
Te voilà désormais prisonnière à ton tour.
Je ne connaîtrai plus ta douce chaleur
Lorsque apeuré, j’enfouissais ma pâleur
Contre ta poitrine qui m’a si souvent protégé.
A l’abri, je pouvais regarder passer le danger.
Tu étais mon havre ; mon bouclier et ma forteresse.
Tu étais ma lumière ; mon phare et ma déesse.
Je t’aimais tellement, chère tante adorée !
Toutes les pierres alentour me voyant pleurer
Peuvent témoigner combien tu m’as brisé
Parce que j’aurai tant voulu un dernier baiser.
Mais, n’aies craintes. . . Je reviendrai te voir !
Je reviendrai et reviendrai souvent
En dépit de mon chagrin et de mon désespoir ;
En dépit du temps, de la pluie et du vent.
Je reviendrai avec ces fleurs que tu aimais tant.
Je sais, tu seras toujours au cimetière ;
Je sais, tu n’auras plus ce regard éclatant,
Mais, pour moi, tu auras toujours ta prestance altière.