Quand elles sont seules.


Elles s'en vont de draps en draps
Et se donnent de mieux en mieux.
Elles se réfugient de bras en bras
Et s’égarent de lieu en lieu.
Elles ne sont jamais satisfaites,
Ni par les caresses ni par les étreintes.
Elles ne connaissent que des défaites,
Parce que leurs amours sont feintes
Malgré toute la somme d’affection
Qu’elles prodiguent à leurs rencontres.
Dans cette course contre la montre,
Elles se sentent frappées de malédiction
Lorsqu’elles se retrouvent enceintes.
La nouvelle leur pose problème et les éreinte.
Leur situation les terrorise et les désespère
Parce qu’elles ne savent jamais qui est le père.
Et puisque personne ne vient à leur secours,
Il leur reste l’avortement pour seul recours.
Une fois débarrassées du polichinelle,
Elles respirent un bon coup sur le moment,
Mais elles ressentent une brûlure charnelle
Chaque fois qu’elles aperçoivent un garnement
Qui s’en revient de l’école, sa petite main
Serrée dans celle d’une gentille maman
Qui n’a aucune crainte quant aux lendemains,
Epaulée par un mari fiable et aimant.
Envieuses à bord de leur patache,
Elles comparent leur vie aventureuse,
Avec celles rangées, paisibles et heureuses
Des femmes qui ont trouvé leur port d’attache.
Elles déplorent leur continuelle malchance
Et mesurent combien la chère indépendance
Est un bien de plus en plus difficile à garder.
Elles n’ont qu’à se regarder
Pour s’apercevoir que le souvenir pénible
De leur infanticide les poursuit à nouveau,
Amplifiant une détresse déjà de haut niveau,
Prix de leur geste irrémissible.

Le 20 Juin 2003.