Les étrangers.

Soleil de plomb. Terre aride.
Eau rare. Terre avide.
Travail harassant. Terre ingrate.
Hommes désabusés. Terre scélérate.
La décision est douloureuse,
Mais il faut aller voir ailleurs.
Il faut quitter cet endroit de malheur
Et trouver des plaines grasses et herbeuses,
Les seules capables de rétribuer le travail.
Les seules qui récompensent le courage.
Labourer ; semer ; rentrer le fourrage.
Engraisser et voir pulluler son bétail,
Voilà ce à quoi aspire un ouvrier agricole.
Le jour du départ, il n’y a pas école.
Les au revoirs sont déchirants
Et les regards sont désespérants.
Quitter son pays n’est pas évident
Même s’il y a eu des précédents.

En ce petit matin d’hiver,
On assiste à un banal fait-divers.
Sur le port bercé par les clapotis,
Un étranger, sa femme et leurs petits.
Ils rêvassent en regardant l’horizon.
Au-delà des flots, il y a leur maison.
Ils ont quitté leur village et leur terre
Pour échapper à leur vie ô combien austère.
Les voilà sur l’autre rive, presque heureux
L’accueil de la cité étant peu chaleureux.
A leurs pieds, leurs pauvres bagages :
Des baluchons, des cabas et deux valises.
Tandis que le froid les brutalise,
Tels des prisonniers en plein échouage
Le père et la mère se concertent soucieux
Pour ne pas dire tellement anxieux.
Les petits, frigorifiés, grelottent de froid.
Les yeux hagards et saisis d’effroi,
Ils se demandent s’ils reverront jamais
Leur cher petit village loin désormais.
Leur père leur promet un meilleur avenir
Eux, ils n’ont jamais demandé à venir.
S’ils ont l’air si grave et si mécontents,
C’est parce qu’ils savent ce qu’ils ont quitté.
C’est parce qu’ils ignorent ce qui les attend.
En ce matin, ils craignent de ne pas être acceptés
Parce qu’il n’y a rien pour les réconforter.
Les regards insistants et souvent effrontés
Qu’ils sont soudain obligés d’affronter
Les gênent et ne cessent de les conforter
Dans une mutuelle et farouche expectative.
Souhaitons-leur les meilleurs perspectives.