La permière fois


Au début elle a peur.
Elle est comme la biche aux abois
Et dans ses yeux apparaît l’effroi.
Son cœur, son pauvre petit cœur
Bat, bat à se rompre :
Peut-être pour me corrompre.
Moi, pour ne pas être en reste
Je continue dans mes assauts funestes
Sans aucune pitié pour ce corps immaculé.
Le trouble si longtemps dissimulé
Dépasse le désir tant accumulé
Et balaie le scénario si bien calculé.
Pris d’une frénésie soudaine,
Bravant les conséquences du conflit,
Sur ses vêtements je me déchaîne
Arrachant, déchirant et jetant sur le lit
Et contre les murs, chaque bout de tissu
Faisant fi des supplications et des cris étouffés.
Les yeux et les mains cherchant l’antre cossu ;
Pressé de posséder le plus beau des trophées,
Je n’ai de cesse qu’après l’avoir reçu.
Non, ce ne fut pas une prise de guerre . . .
Et fier, je ne le suis guère.
Mais ce fut la récompense d’un espoir souvent déçu
Et je ne sais combien de fois renouvelé.
Je regrette la façon dont l’amour lui fut révélé.
Hébétée, elle me regarde et ma gène est palpable.
Je ne pense pas qu’elle ait perdu la foi,
Mais elle ne gardera un souvenir agréable
Ni de sa malheureuse première fois,
Ni de la brute qui lui a pris sa virginité.
Passé le sentiment d’impunité
Dont elle m’a soupçonné,
Me voilà compris et pardonné.
Il a suffit que je lui explique
Calmement et sans supplique :
La perspective du cadeau
Qui aurait pu devenir un fardeau,
M’avait fait craindre de ne pouvoir
Prendre enfin la forteresse,
Si je m’attardais en caresses.
Oui j’ai remporté la victoire
Mais que ma crainte était grande
De passer à côté de l’offrande ;
Une crainte suscitée par la notion
Et par le trop plein d’émotion.
Ebloui par la splendeur de ses lèvres ;
Subjugué par le galbe de ses seins juvéniles ;
Je m’étais vu en péril,
Saisi par une inextinguible fièvre
Et redoutant de ne pas la satisfaire,
Si je me laissais distraire . . .
Au lieu de pleurer
La perte de son hymen,
Et de déplorer le viol de son abdomen,
Les jambes écartées, elle ne cesse d’effleurer
Sa toison soyeuse et blonde.
Non, elle n’est ni amère ni furibonde.
Elle me regarde indulgente et attendrie ;