Je ne savais pas.

Quand j’étais petit,
Ma vie s’écoulait sans trop de soucis.
A l’époque, il m’arrivait de voir des adultes,
Le regard vague et les soupirs fréquents.
Je ne savais pas quel tumulte
Les plongeait dans un silence éloquent,
Mais je les regardais sans comprendre ;
Sans savoir ce qu’ils semblaient attendre.
Je ne savais pas ce qu’ils ressentaient
Mais ils étaient là, sans espoir, sans armes
Et sur leurs joues coulait une larme.
Je ne savais pas à quoi ils pensaient,
Je ne comprenais pas leur solitude,
Mais je m’en souviens encore avec exactitude.
Quand j’étais petit, j’étais un de ces marmots
Qui ignoraient l’existence de beaucoup de mots.
Je ne savais pas les mots comme devenir,
Temps, perdu, âge, regrets, jeunesse,
Partir, ailleurs, séparation, souvenirs,
Nostalgie, spleen, mort, vieillesse.
Je ne savais pas ce qu’ils redoutaient le plus.
Je ne savais pas ce qu’ils voulaient retenir.
Je ne savais pas ce qu’ils avaient perdu.
Je ne savais pas ce qui les faisait souffrir.
Depuis, le temps a passé, très vite.
J’ai grandi ; vieilli, et, la carcasse que j’habite
Me rappelle toutes celles désabusées et fatiguées
Qui faisaient pitié à mes yeux d’enfant intrigué.
Aujourd’hui, je suis grand-père de deux petits
Qui mordent dans la vie avec un superbe appétit.
Parfois, je les surprends à me regarder.
Je sais qu’ils voudraient me demander,
Pourquoi je demeure grave et silencieux
Avec cette expression qui m’attriste les yeux.
Ils sont comme moi quand j’avais leur âge.
Ils se rient des cruautés de l’existence.
Ils vivent heureux dans leur innocence,
Insoucieux de l’autre rivage.