Grâce.


Avec mon aplomb et mon audace,
J’étais un suborneur efficace.
J’avais choisi Julie la vorace,
Pour rendre jalouse, Adeline la coriace.
Les sens aiguisés, Denise la fugace
Avait vite fait de rejoindre notre espace.
Ces dames m’aimaient d’un amour tenace.
Nous formions un quatuor vivace
Mais pas du tout perspicace.
Les envieux faisaient la grimace.
Moi, je me conduisais en lovelace.
J’étais resté le chasseur loquace,
Laissant mon appétence de rapace
Prendre le dessus sur le sagace.
Faisant fi d’une probable menace,
J’avais mécontenté les trois grâces.
Blessées, elles firent Volte-face
Et me condamnèrent par contumace.
A mon retour, j’étais tombé en disgrâce.
Elles m’ont abandonné sans préface,
Laissant mes exploits sans dédicace.
Depuis, ayant perdu leur trace,
Je ne tiens plus en place.
Poussé par un désir pugnace,
Je m’interroge et je me déplace.
Je les cherche de châteaux en palaces
Et même parmi la populace.
Rien. Ma situation m’agace.
Souvent, n’ayant plus ma carapace,
Je sens mon sang qui se glace
Lorsque la solitude m’enlace.
Fatigué, je me replace.
Je me regarde en face,
Et je plains les hommes de ma race.
Une race solide en surface.
Mais incapable devant le pancrace.
J’ai dilapidé ma fouace.
Je m’en vais avec ma besace.