Dommage.

Tout à l’heure, sur la grande avenue
J’ai regardé intensément une belle inconnue,
Qui marchait vers moi,
Tandis que j’allais tout droit.
Pendant que la distance qui nous séparait,
A chacun de nos pas se réduisait,
Je ne la quittais pas des yeux
Et je la distinguais de mieux en mieux.
Elle marchait d’un pas tranquille,
Avec une infinie douceur sur le visage.
Nous étions seuls dans la ville ;
Ni piétons ni voitures dans les parages.
Lorsque nous fûmes à la même hauteur,
Et juste avant de nous croiser,
Son regard sembla me toiser ;
En fait, elle me tétanisa avec des yeux accusateurs ;
Des yeux au regard bleu intrigué
Qui m’avait complètement subjugué.
Je ne sais ce qu’elle pensait à ce moment,
Car j’étais saisi par un sentiment
Qui m’a empêché de l’aborder,
J’ai même senti mon coeur déborder.
Elle était belle, avec une bouche
Joliment bien dessinée dans un rouge vif.
Je ne suis pas du genre naïf,
Et je ne l’ai pas vue sur ma couche.
Ses seins dont on devinait les mamelons,
Etaient beaux et n’avaient rien de pudibond.
Elle avait les hanches bien évasées
Et les jambes bien ciselées.
J’aurais aimé qu’elle s’arrêtat un instant ;
J’aurais dû être insistant ;
Je lui aurai parlé gentiment,
Sans lui faire part de mon tourment.
C’est vrai, elle m’a plu ;
Malheureusement, je ne la reverrai plus.
Depuis, je maudis mon éducation
Qui m’a interdit d’importuner cette beauté ;
Depuis, je maudis les précautions
Qui nous empêchent de nous éclater.
Depuis, je maudis les préjugés
Qui m’ont fait craindre une déconvenue.
Depuis, je maudis le destin qui n’a pas jugé
Bon que notre rencontre soit convenue.
Décidément, le destin ne fait pas bien son boulot ;
Pourquoi m’a-t-il fait la croiser dans la rue ?
Pourquoi a-t-elle disparu ?
Quelque chose me dit mot à mot,
Que c’était peut-être la femme de ma vie.
Il faut croire que la chose n’était pas obvie,
Parce que depuis cette malheureuse histoire,
Les jours et les mois se sont succédés,
Sans que le temps m’ait rapporté
Celle qui m’aurait évité tant de déboires.
Je ne sais si je dois encore espérer,
Ou si je dois me persuader que c’était un rêve.
Je ne sais, alors que l’été s’achève.
Dans l’expectative, je vais tâcher de tempérer