Le Doudou

Il semble fatigué, son poil est défraîchi
Et d’un blanc éclatant, il a viré au gris.
Je l’ai pourtant lavé, bien plus que de raison,
Désirant tendrement que tes nuits sentent bon.

Il a perdu son nez à force de caresses,
De gestes maladroits et sans délicatesse
J’ai dû le remplacer par un bouton velours
Pour vite consoler ton cœur devenu lourd.

Je n’ai jamais compté le nombre de ces nuits
Passées à explorer les recoins de ton lit,
Recherchant affolée, quand tu faisais tes dents
L’oreille décousue par tes mordillements.

Ton profond désarroi, ton angoisse, étaient tels
Que tu battais l’ancien record de décibels.
Assise auprès de toi je recousais l’oreille
Pour apaiser tes cris et te rendre au sommeil.

Tu as grandi depuis, tu n’es plus une enfant,
Te voici jeune fille, presque adulte et pourtant
Tu n’as jamais voulu te séparer de lui ;
Il rassure toujours les affres de tes nuits.

Il a bien triste mine et n’est plus reluisant,
Néanmoins il demeure ton humble confident.
Il a subi le temps, souffert de ses attaques
Mais ton attachement, lui, est resté intact…