Non, mais !



C’est dit, je me révolte et je le fais savoir
Même si, dans le fond, je n’ai pas trop d’espoir ;
Chacun se sert de moi pour supporter sa rime
Et sans se soucier du verbe et sa racine
Met bout à bout des mots dont il compte pourtant
Les syllabes en pieds sans douter un instant.
Bien souvent je ressors amputé d’une jambe,
Quand ce n’est pas de deux, parfois le nombre flambe,
Et de douze à quatorze ou quinze le voit-on,
Sans jamais que l’auteur vienne à changer de ton.
Je cherche, mais en vain, au livre cathodique
Un poète attentif à ma forme classique.

Ils sont nombreux pourtant à vouloir m’asservir
A se féliciter : - « Vos vers sont à ravir ! »
- « Je n’aurai pas fait mieux », à fond l’applaudimètre,
En passant d’un seul coup mon corps par la fenêtre.
Même si je suis vieux, démodé pour certains,
J’ai servi les plus grands dans leurs plus beaux quatrains ;
Eux, se pliant à moi, sans aucune amertume.
Alors, c’est vrai, j’enrage et ce feu que j’allume
Pour redire au Poète amoureux du bien dit
De ne point m’écorcher, de garder mon crédit ;
Et de me mettre plus dans un vers indigeste !
Alexandrin je suis Alexandrin je reste !

Honni soit qui mal y pense …