Maudit


Comme un oiseau trop vieux dont l'aile ne sait plus
Se glisser dans le vent au dessus des collines,
Le poète en souffrant met ses vers dissolus
Dans le creux de ses nuits en notes sibyllines.

Il n'est plus qu'un miroir qui projette un reflet
Dont les contours douteux ressemblent à ses peines,
Ses quatrains abondants accouchent d'un pamphlet
Quand il voudrait louer l'eau claire des fontaines.

Sur les sombres chemins qu'il a suivi jadis
Les Muses n'ont laissé que quelques herbes folles ;
Et leurs chants sont l'aveu de ces " de profundis "
Qui tentent de dorer les ternes auréoles.

Il n'a pas de regrets, même pas un remords,
Et ne se souvient plus des trop rares délices ;
Ses fragiles amours avaient la voix des morts
Avant de consommer le nectar aux calices.

Si votre ego reçoit ces vers comme un viol
Que la rime souvent vous nargue ou vous confonde
En mettant vos gâchis sur fond de vitriol :
C'est bien que le poète est maudit en ce monde...