Les hauturiers d'Islande


Où sont-ils ces marins qui peuplent nos légendes,
Laboureurs de la mer engourdis par le froid
Sur les océans gris au large de l’Islande,
Englués sur le pont des bateaux d’autrefois ?
Partis dès le printemps vers les bancs d’Amérique
Là-bas à Terre-Neuve où souffle l’Aquilon,
Les jours, les nuits sans fin, les courants colériques
Les écrasaient devant Saint Pierre et Miquelon.
Deux à deux sans repos à bord du lourd doris
Ils tiraient le filin pour haler la morue
Dans la brume, dès l'aube, au dessus des abysses,
Jusqu’au soleil noyé, de fatigue recrus.
Ils n’avaient pas quinze ans, leur première campagne
Les happait au matin comme un poulpe affamé,
Pour quelques sous d’alors, sans chaîne, mais au bagne,
Gabiers et moussaillons au destin programmé.
On les devine encore en invoquant le large,
Dans les craquements sourds des planchers d’entrepont
Où la peur les prenait lorsque tournait la page,
Pêcheurs de père en fils, charentais ou bretons.
Revenus de l’enfer comme des somnambules
Des espoirs plein le coeur pour avoir trop rêvé,
Ils s'endormaient heureux bercés par la pendule
Pour vivre des instants de calme retrouvé.

Parfois, sur les rochers, dans la vague mourante,
Lorsque le ciel et l'eau s'épousent un instant,
Leur complainte revient en onde caressante
Pour sortir de l'oubli ces hommes d'outre-temps.