Le soleil noir


L'astre du jour montait au sommet de la dune;
Je l'attendais assis depuis la veille au soir
En suivant dans le ciel la course de la lune:
Mais ce matin pour moi le soleil était noir.

Le soleil était noir sur la ligne de crête,
Immobile, écrasé comme un vieil oripeau
Par la main de ces dieux, invisible et discrète
Qui laisse son empreinte à jamais sur la peau.

Celui qui voit tomber l'acier cru qui rutile
Sur son cou mis à nu par les soins du bourreau,
Connaît l'effroi profond de cet instant fragile
Où le temps n'est plus rien qu'une lame en biseau.

Le jour était levé sur le reste du monde
Sans que je puisse voir, sans qu'il me soit permis
De faire un pas de plus dans cette fange immonde
Où s'enlisait mon corps, mais où je m'étais mis.

Ni les bruits qui montaient, sourds, au loin sur la ville,
Ni le chant des oiseaux, ni l'appel d'un enfant,
Ni les pas des quidams, fussent-ils cent et mille,
Ne purent endiguer l'horrible effondrement.

Chacun me soutenait, chacun à sa manière,
Pour moi, ce matin là le soleil était noir;
En cherchant le soutien d'une ultime prière,
J'ai vu dans l'océan sombrer l'île d'espoir.