Le pavé dans la mare

On me dit scrupuleux et trop idéaliste,
Un brin sentimental ou penseur utopiste,
Une sorte de fou dans ce monde aberrant,
Emporté par l'ardeur d'un énorme courant.
Naïf, c'est mon défaut, ma tare insurmontable,
Je n'en disconviens pas, c'est vrai, j'en suis coupable ;
Ce boulet que je traîne est mon plus grand tracas,
Celui qui m'a donné bien du mal en tout cas.
Le portrait me va bien et je n'en veux pas d'autres,
C'est un de mes fardeaux. Vous avez bien les vôtres !
Mais quand ma coupe est pleine il me faut la vider
Quitte à me mettre au ban ou vous incommoder :

J'espérais autrefois, côtoyant des poètes,
Trouver à m'enrichir dans un cercle d'esthètes ;
Je les croyais sans fard, courtois et chaleureux
Pour distiller leurs vers féconds et capiteux.
Force est de constater la tendance contraire
Mes pairs, il nous suffit d'en poser l'inventaire :
Calculateurs, sournois, perfides, affectés ,
Mythomanes pédants gonflés de vanités,
Ils plastronnent imbus, lissant leurs épidermes.
Et le regard hautain , comme des pachydermes,
Ils jettent leur ego d’un geste calculé
Comme s’ils étaient ceints d'un voile immaculé.

Nous en connaissons tous de ces bouffons grotesques,
Avides de lauriers et de gloires livresques,
Prêts à damner leurs dieux pour un beau médaillon :
- Mais ils auront du mal à serrer mon bâillon.
Ils entendront ma voix au pied de la potence
Déclamer sans rougir tout le mal que j’en pense.
Je vous vois médusés : vous étiez prévenus :
- Quelques-uns parmi vous se sont-ils reconnus ?
Amis vous savez bien, mon crayon me démange
Même si pour cela parfois je vous dérange :
Et si comme je crois, j ai dit la vérité,
Je m'attends par vos soins d'en être exécuté.