La voix du Poète


Quand au soir le ponant s'imbibe de lueurs,
Le Poète s'y plonge, et l'encre de sa plume
Laisse exsuder les mots dans la nuit qui s'allume :
- Le couchant embrasé n'est plus que de douleurs.

Il remonte son eau du puits de la révolte
Pour l'amour déchiré, pour une pauvre main
Que tend l'enfant sans nom tenaillé par la faim
Devant nos champs repus où se perd la récolte.

Armés d'incertitude et de cris étouffés
Qui font bouillir son sang dans la grande marmite,
Jusqu'à l'embrasement de cette dynamite,
Ses vers portent la voix des peuples assoiffés.

Si ce n'est pour cela, pourquoi forger la rime ?
Le Poète se doit par son chant singulier,
D'être l'écho de ceux qui se font humilier :
- Ou l'Histoire pourrait le mettre au ban ... pour crime.