Impatience


Bien plus qu'une berceuse et bien plus qu'un remède
Le crin-crin de vos vers m'endort et m'engourdit
Poètes ampoulés votre rime m'excède
Au point de non-retour. Je vous l'ai déjà dit.

Lorsque je vous entends psalmodier comme un merle
Les mots alambiqués de vos derniers quatrains
Certains d'avoir encore accouché d'une perle,
J'ai la nette impression de passer sous des trains

Du cuistre sans talent au technicien sans âme
Qui monte ses couplets comme un mur de béton
La poésie est loin de retrouver sa flamme
Et la rime n'a plus la beauté du feston.

Se prendre pour Hugo, Verlaine ou Beaudelaire
Croire que quelque part on prolonge Aragon
C'est se mettre dans l'oeil le doigt auriculaire
En oubliant d'avoir accroché le wagon.

Un diplôme n'est rien, pas plus qu'une médaille
Et ne vaut que le poids de ces colifichets
Que l'on donne aux soldats en fin d'une bataille
Pour trôner sur les murs pendus à des crochets.

Poètes , s'il en est ! donnez de l'envergure
Et force sentiments à la pulpe des vers
Epargnez nous l'abus des pâles fioritures :
Pour nous parler d'amour : mettez-nous à l’envers!


"honni soi qui mal y pense"