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Helene DE MAN

Petit matin

Il est six heures du mat
Les intellos dorment encore
Et leurs fronts pâles au teint mat
Ne verront pas l’aurore

Le vent frissonne dans les feuilles
Aux caniveaux humides entassées
Et déjà une taverne accueille
Pour leur première bière quelques paumés

Devant moi le fracas du camion de voirie
S’avance clignotant dans le noir
J’y vois des silhouettes se mouvoir
Glissant furtives sur l’asphalte qui brille
Des hommes sans visage et au regard inerte
Nourrissant de leurs bras cette gueule entrouverte
Et parmi eux s’affaire aussi un garçon blond
Malhabile désemparé la mèche au front
Trop jeune au fond et l’œil encore alerte
Que fait-il égaré à faire ce métier

Sur les pavés usés passent les balayeurs
Leurs haleines portant des relents d’eau-de-vie
Ils poussent leur chariot avec moins de lenteur
Car le trafic bientôt s’enfle et s’intensifie

Cependant aux chantiers des boulevards et des places
Les grues se déhanchent squelettes qui se lèvent
Sur des sols ravagés abîmes d’où s’élèvent
Ces beaux bureaux glacés futures grandes surfaces

Dans l’ombre des rues basses
Traînent quelques fêtards attardés couche-tard
Titubant étonnés en bordure des trottoirs
Cependant que d’amour ou bien de guerre lasse
Une fille de la nuit au corsage agressif
Se détourne et repart d’un pas vif et lascif

La retrouvant ainsi combien j’aime ma ville
A cette heure incertaine cet instant fragile
Du petit matin blême
Alors que pareille pourtant à tous ceux-là
Mon corps recherche encore la chaleur de mes draps
Mais que semblable aussi aux autres du dehors
Mon cœur soudain bondit de revivre l’aurore
Et de prêter la main
Au travail de chacun
De partir retrouver
La vie et l’amitié