La Porte

Ô propylée inconnue, ton voile hyalin
Glisse sur ta peau d’ébène intertropical,
Caressant ainsi les rainures de satin
Que le temps a inscrit, ébauche de cristal.

En ce jour de vacillante découverte,
Mes doigts se promènent sur tes coins éreintés,
Respirent les saveurs de ton bois ébréché
Et succombent à la fraîcheur de ton souffle inerte.

Tu conserves en ton sein les ténébreux orages,
Les amours splendides et les trop lointains rivages
Que les poètes émus ont osé confier
A la grâce ardente de ton éternité.

Soudain, à la faveur d’un fin rayon d’étoile,
Ta poignée de saphir pénètre la lumière ;
Et je me représente d’un clin d’œil austère
Ton entrebâillement qu’une lueur dévoile.

Puis je perfore d’une insolence feutrée
Les paysages que tu camouflais encore,
Et les univers que mon inconscient décore
De frasques imberbes et de couleurs diluées

Sous les nuées de comètes mes pupilles absentes
S’offrent à l’indolence de l’inspiration ;
Ainsi ravivée par une plume indécente
Je te referme, Ô ma porte, vaine pendaison.