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Bernard DEMARET

Aux portes du désert

Ce matin l’air est doux à l’ombre de mon palmier.
Tu t’assoies devant moi et gardes le silence.
Tu portes le burnous, as des sandales aux pieds,
Ton bâton est solide et ton outre remplie.

Mon jeune ami, que sais-tu du désert ?

Près de nous, deux chiens jouent à se mordre la queue.
Une femme voilée porte une jarre d’huile.
Ton visage est fermé, ton air déterminé.
Tu gardes le silence et restes sans bouger.

Mon fol ami, que sais-tu du désert ?

Tu me regardes enfin, d’un regard éloquent.
Tes cheveux sont coupés et tu parais plus jeune.
Ton profil est superbe, ton habit te va bien.
Tu respires la jeunesse, la force et la vigueur.

Mon bel ami, que sais-tu du désert ?

Des gamins turbulents, en effrayant les chiens,
Courent joyeusement plonger dans le bassin.
Alors tu te décides à rompre le silence
Et, relevant la tête, tu dis : « Je vais partir. »

Que sais-tu du désert ?

Du commerce des hommes, tu en as fait le tour.
Pour une gorgée d’eau combien faut-il payer ?
Serais-tu seul au monde à connaître le prix
De ce que l’on ne peut ni acheter ni vendre ?

Que sais-tu du désert ?

L’air est doux ce matin, fraîche l’ombre de mon palmier.
Tu es calme, mon ami ; tu sembles décidé.
Tu parles de ces rides qui marquent ton visage
Comme autant de blessures pour ce nouveau naufrage.

Que sais-tu du désert ?

Tu dis avoir tenté tout ce qui pouvait l’être.
Les chiens sont revenus et flairent je ne sais quoi.
Un rayon de lumière éclaire tes yeux verts.
Tes lèvres de nouveau closes dessinent un pli amer.

Que sais-tu du désert ?

Les gamins s’éclaboussent, rient, hurlent des invectives.
Reprenant la parole, tu couvres leurs ébats.
Tu dis avoir connu trop de joies éphémères.
Il semble que tes valeurs ne valent que pour toi.

Que sais-tu du désert ?

Tu te reprends soudain, me souris tendrement.
Bien sûr, d’autres que toi parlent avec leur cœur,
Tu as su reconnaître leur chant dans le tumulte.
Mais cela suffit-il à remplir une vie ?