Je coule
Là où la vallée se creuse et s’enténèbre
Au bord des rives indécises ligne liquide
Je coule m’enroule m’enlace m’entrace
Pour que jamais l’oubli ne me menace
Où la vallée se creuse et s’enfunèbre là
Aux froids frissons des profondeurs fleuve sans delta
Je m’enlise m’embrise dans les sables dénudés
Et tourne la roue et grince la grande noria
Là où la vallée se creuse et s’ensilence
Serpente d’eau languissante dans quel lac naissant
Verserai-je de l’abondance les semences
Avant de sombrer dans le sommeil sans éveil
Gardée par longues amours de survivants
Bercée par lentes litanies de souvenants
Fardée seulement de nard et d’aromates
Dans le perséa ou l’acacia cachée
Vers les routes de l’Eternité
En une incessante course sens dessus dessous
Je coule je roule je me dissous
Dans la nasse du Temps qui passe
Anny AYRAUD


