Le lierre, la rose et le thym. (Fable).


Un jour de grand soleil au cours du mois de juin,
Le lierre en mal d’amour dit au modeste thym :
« Avant le crépuscule j’aurai conté fleurette,
A la première belle qui me tendra la main !»
Avant l’aube j’aurai une fière amourette » !
« Cher ami dit le thym, je vous trouve très osé
De vouloir en deux mots séduire les fleurs jolies ! »
« Assurément dit le lierre, mais la nature m’a fait,
Pour enlacer les belles au corset d’organdi ! »
« Je vous plains mon ami de ce peu de morale ! »
« Non c’est moi qui vous plains d’être si malchanceux,
Vous ne serrerez pas de douces au teint d’opale,
Vous êtes si petit, invisible à leurs yeux ! »
Sur ces entre faits pris par ses engagements
Le lierre s’aventura dans le jardin des roses,
Sur le vieux mur de pierres les paupières closes,
Dormait la reine des fleurs au corsage charmant !
Touchant du bout des doigts la belle de velours,
Il la serre contre lui dans un vertige d’amour,
De ses longs bras menus il enlace la belle,
Qui en un tour de rein se dégage rebelle
Dans son emportement le lierre cueillit la rose
Qui se laissa tomber sur la pelouse moussue,
Le thym tendit les bras à la douce ingénue,
Serra contre son cœur la jeune virtuose !
Honteux et dépité le lierre pris dans les pierres
Ne put que regarder sa belle lui échapper,
Puis abaissant la tête vit le thym pas peu fier
De bercer dans ses bras son rêve évaporé !

Une petite taille n’a jamais empêché
De voir naître un amour au coeur démesuré !


Annie Avril. Mai 2007.