Sur un songe

Ô prodige étonnant et difficile à croire,
Enfin je vois Philis, sans haine, et sans orgueil ;
Après un long combat, j'emporte la victoire,
Et l'on voit mon triomphe, au bord de mon cercueil.

Ses yeux tout rayonnants de splendeur et de gloire,
Comme un faible nuage ont dissipé mon deuil ;
De l'orage passé, j'ai perdu la mémoire,
Et j'ai trouvé le port, où je crus un écueil.

D'un regard favorable et tout rempli de charmes,
Cet astre de mes jours vient essuyer mes larmes,
Et de cette douceur je suis émerveillé :

Sa froideur se réchauffe à l'ardeur de ma flamme ;
Elle m'offre son coeur, en recevant mon âme ;
Mais hélas c'est un songe, et l'on m'a réveillé.